FRANTZ FANON ET LE MONDE COLONIAL"La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivité sédimentée dans ses muscles, le colonisé va d’abord la manifester contre les siens. C’est la période où les nègres se bouffent entre eux et où les policiers, les juges d’instruction ne savent plus où donner de la tête devant l’étonnante criminalité nord-africaine."
Frantz Fanon, nait le 20 juillet 1925 à Fort-de-France (Martinique) et décéde le 6 décembre 1961 à Washington (Etats-Unis d'Amérique). Psychiatre et essayiste martiniquais, il est l'un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste. Penseur très engagé, il a cherché à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation à la fois sur le colon et le sur le colonisé. Dans ses livres les plus connus, il analyse le processus de décolonisation sous les angles sociologique, philosophique et psychiatrique mais il a également écrit des articles importants dans sa discipline : la psychiatrie.
Dans son approche clinique de la période coloniale, il remet en cause le concept de "complexe de Prospero" fondé par le psychanalyste Octave Mannoni, du nom d'un personnage de Shakespeare dans "La tempête". Il s'agit de ce qu'il nomme dans son livre "Psychologie de la colonisation" comme étant "l'ensemble des dispositions névrotiques inconscientes qui dessinent tout à la fois la figure du paternalisme colonial et le portrait du raciste dont la fille a été l'objet d'une tentative de viol (imaginaire) de la part d'un être inférieur". Ce "complexe de Prospero" serait issu de ce qui manque au colon. C'est-à-dire le monde des autres, celui qu'il a quitté pour la tentation d'un monde sans hommes. Le monde colonial n'étant que le compromis de cet imaginaire avec la réalité. Fanon ne peut pas suivre cette analyse compte tenu de la position d'extériorité au colon qu'il adopte. Paradoxalement lui qui est psychiatre, réfute l'analyse psychologique du colon qu'il définit strictement comme quelqu'un qui vient s'enrichir.
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