mardi 15 septembre 2009

DE GAULLE A ALGER

"JE VOUS AI COMPRIS"


Du haut du balcon du gouvernement général d'Alger, De Gaulle lance à la foule qui exulte : "Je vous ai compris". Il a été rappelé au pouvoir après la révolte des Français d'Algérie le 13 mai. Son cri laisse croire qu'il est résolu à conserver l'Algérie française et créera d'amères désillusions parmi les colons d'Algérie. Les accords d'Evian qui mettront fin à la guerre d'Algérie seront signés le 18 mars 1962.


Je vous ai compris. Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie est celle de la rénovation et de la fraternité (ovations). Je dis la rénovation à tous égards, mais très justement, vous avez voulu que celle-ci commence par le commencement, c'est-à-dire par nos institutions et c'est pourquoi me voilà. Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d'hommes qui d'un bout à l'autre, quelle que soit leur communauté, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main (acclamations). Eh bien, de tout cela, je prends acte au nom de la France. Et je déclare qu'à partir d'aujourd'hui la France considère que dans toute l'Algérie il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants (acclamations). Il n'y a que des Français à part entière. Des Français à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs (acclamations). Cela signifie qu'il faut ouvrir des voies qui jusqu'à présent étaient fermées devant beaucoup. Cela signifie qu'il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient pas. Cela signifie qu'il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on la contestait. Cela veut dire qu'il faut assurer une patrie à ceux qui pouvaient douter d'en avoir une (acclamations). L'armée, l'armée française cohérente, ardente, disciplinée sous les ordres de ses chefs, l'armée éprouvée en tant de circonstances et qui n'en a pas moins accompli une oeuvre magnifique de compréhension et de pacification, l'armée française a été sur cette terre le ferment, le témoin, et elle est le garant du mouvement qui s'y est développé, elle a su endiguer le torrent et en capter l'énergie. Je lui rends hommage. Je lui exprime ma confiance, je compte sur elle pour aujourd'hui et pour demain. Français à part entière dans un seul et même collège, nous allons le montrer pas plus tard que dans trois mois, dans l'occasion solennelle où tous les Français, y compris les 10 millions de Français d'Algérie, auront à décider de leur propre destin. Et ces 10 millions de Français-là, leurs suffrages compteront autant que les suffrages de tous les autres. Ils auront à désigner, à élire, je le répète, en un seul collège, leurs représentants pour les pouvoirs publics comme le feront tous les autres Français. Représentants élus, nous verrons comment faire le reste. Ah, puissent-ils participer en masse à cette immense démonstration, tous ceux de vos villes, de vos douars, de vos djebels, de vos plaines. Puissent-ils même y participer, ceux-là qui par désespoir, ont cru devoir mener sur le sol un combat dont je reconnais, moi, qu'il est courageux car le courage ne manque pas sur la terre d'Algérie (ovations). Qu'il est courageux, mais qu'il n'est pas moins cruel et fratricide. Oui, moi, de Gaulle, à ceux-là j'ouvre la porte de la réconciliation (ovations). Jamais plus qu'ici et plus que ce soir, je n'ai senti combien c'est beau, combien c'est grand, combien c'est généreux, la France ! Vive la République ! Vive la France !" (L'ovation de la foule est assourdissante. Et la population entonne d'une seule voix la "Marseillaise".)

Pour aller plus loin :
Voir l'intervention de l'historien Benjamin Stora sur le discours du Général De Gaulle, le 16 septembre 1959, au sujet de l'auto-determination du peuple algérien

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